Droit du sport : 10 mythes qui ne passent pas la rampe
Un joueur est blessé pendant un match. Une athlète signe une commandite. Une
fédération refuse de sélectionner un sportif. Un jeune joueur de hockey réclame le salaire
minimum. À première vue, ces situations semblent bien différentes. Pourtant, elles ont
toutes quelque chose en commun : le droit. Le droit du sport ne se limite pas aux règles
du jeu. Il touche aux contrats, à la responsabilité, au travail, à la vie privée, à la
discrimination et à la protection des athlètes. Et contrairement à ce que l'on pourrait
croire, les organisations sportives ne sont pas au-dessus des lois.
Voici donc dix mythes sur le droit du sport, remis en question à la lumière du contexte
québécois et canadien.
Mythe 1 : « Ce qui se passe sur la glace reste sur la glace »
L'idée reçue : Un coup bas pendant un match ? Ça se règle avec une punition, pas devant
un juge.
La réalité : Faux. En pratiquant un sport de contact, on accepte certains contacts
physiques et certains risques, mais pas n'importe quel geste. Un geste qui dépasse ce qui
est normalement accepté dans le sport peut entraîner des conséquences juridiques.
L'affaire Todd Bertuzzi en est un exemple bien connu. En 2004, le joueur des Canucks de
Vancouver a plaidé coupable à une accusation de voies de fait après avoir agressé Steve
Moore pendant un match de hockey. Moore a ensuite intenté une poursuite civile.
Une punition de cinq minutes ne met donc pas nécessairement fin à l'histoire.
Mythe 2 : « Le droit du sport, ce sont juste les règles du jeu »
L'idée reçue : Savoir ce qu'est un hors-jeu, c'est faire du droit du sport.
La réalité : Pas du tout. Les règles du jeu sont une partie du sport, mais le droit du sport
va beaucoup plus loin.
Contrats de joueurs, commandites, droits de diffusion, blessures, responsabilité, droit du
travail, protection des renseignements personnels et règlement des différends : plusieurs
domaines du droit peuvent entrer en jeu.
En réalité, le droit du sport ressemble davantage à un carrefour où plusieurs branches du
droit se rencontrent.
Mythe 3 : « Les fédérations font ce qu'elles veulent »
L'idée reçue : La FIFA, le CIO, la FIA et les autres fédérations sont au-dessus des lois.
La réalité : Pas exactement. Les organisations sportives disposent d'une certaine
autonomie, mais elles doivent respecter les lois qui leur sont applicables.
L'arrêt Bosman, rendu en 1995 en Europe, en est un exemple célèbre. La décision a
notamment remis en question certaines règles du football européen concernant les
transferts de joueurs et les quotas de joueurs étrangers.
Au Canada, les athlètes disposent aussi de mécanismes spécialisés pour contester
certaines décisions sportives. Le Centre de règlement des différends sportifs du Canada
(CRDSC) peut notamment intervenir dans des différends concernant la sélection ou le
classement des athlètes, lorsque les conditions de sa compétence sont réunies.
Les fédérations ont donc une marge de manœuvre, mais elles ne sont pas au-dessus du
droit.
Mythe 4 : « En signant un contrat, l'athlète vend son image »
L'idée reçue : Une fois une commandite signée, l'athlète n'a plus son mot à dire sur
l'utilisation de son image.
La réalité : Pas exactement. Au Québec, le droit à l'image est protégé par le droit au
respect de la vie privée. Un athlète peut toutefois autoriser l'utilisation de son image, par
exemple dans une publicité ou une commandite.
Tout dépend donc de ce à quoi il a consenti et de la façon dont son image est utilisée.
Dans Aubry c. Éditions Vice-Versa, la Cour suprême du Canada a reconnu l'importance
du consentement à l'utilisation de l'image d'une personne. Pour un athlète, une
commandite ne signifie donc pas qu'il abandonne automatiquement tout contrôle sur son
image.
Mythe 5 : « Le dopage, c'est un crime pour l'athlète »
L'idée reçue : Un athlète qui se fait prendre pour dopage finit forcément devant un
tribunal criminel.
La réalité : Non. Une violation des règles antidopage entraîne d'abord des conséquences
dans le système sportif : suspension, disqualification ou perte de résultats, par exemple.
Cela ne veut pas dire que le dopage n'a jamais de conséquences pénales. Certaines
substances et certaines activités liées à leur possession ou à leur trafic peuvent être visées
par le droit criminel.
Il faut donc distinguer deux choses : enfreindre une règle antidopage et commettre une
infraction criminelle ne sont pas nécessairement la même chose.
Mythe 6 : « Le sport amateur échappe au droit »
L'idée reçue : Le droit, c'est pour les millionnaires et les grandes ligues professionnelles.
La réalité : Détrompe-toi. Le sport amateur est lui aussi soumis au droit.
Un club de quartier peut, par exemple, voir sa responsabilité engagée lorsqu'une faute
cause un préjudice à un participant. Les questions de sécurité, de surveillance et
d'équipement peuvent donc avoir des conséquences juridiques, même lorsqu'aucun
professionnel n'est impliqué.
La protection des renseignements personnels peut également entrer en jeu. Au Québec, la
réforme connue sous le nom de « Loi 25 » a notamment renforcé les obligations
applicables aux organisations visées par les lois québécoises sur la protection des
renseignements personnels.
Être amateur ou bénévole ne signifie donc pas être exempt de toute obligation juridique.
Mythe 7 : « Les athlètes ne sont pas protégés, seulement les fédérations »
L'idée reçue : Les règles protègent les organisations sportives, pas les athlètes.
La réalité : Le système canadien a beaucoup changé ces dernières années.
Depuis 2025, le Programme canadien de sport sécuritaire constitue le mécanisme
indépendant chargé d'administrer le Code de conduite universel pour prévenir et contrer
la maltraitance dans le sport (CCUMS) au niveau national. Il reçoit des signalements,
mène des enquêtes et administre les sanctions dans les organismes visés.
Le système n'est évidemment pas parfait, mais il serait aujourd'hui faux de dire que les
athlètes n'ont aucun mécanisme de protection contre la maltraitance.
Le sport sécuritaire est d'ailleurs devenu un enjeu majeur de la politique sportive
canadienne.
Mythe 8 : « L'entraîneur choisit qui il veut, sans recours »
L'idée reçue : Quand un athlète est écarté d'une équipe, il n'y a rien à faire.
La réalité : Pas toujours. Certaines décisions de sélection peuvent être contestées par les
mécanismes d'appel prévus par les organismes sportifs.
Dans certaines situations, le CRDSC peut également être saisi d'un différend concernant
la sélection d'un athlète. Son rôle n'est généralement pas de remplacer l'entraîneur et de
choisir lui-même les membres de l'équipe. Il peut plutôt vérifier si les règles et critères
applicables ont été respectés.
Un entraîneur dispose donc d'une marge de décision, mais celle-ci n'est pas
nécessairement absolue.
Mythe 9 : « Les joueurs juniors sont des amateurs, donc pas de droit du travail »
L'idée reçue : Un jeune qui joue dans une ligue junior est simplement un étudiant qui
pratique son sport.
La réalité : C'est justement la question qui a donné lieu à d'importants recours collectifs
contre la Ligue canadienne de hockey, dont la LHJMQ.
À partir de 2014, des joueurs ont soutenu qu'ils devaient être considérés comme des
employés et bénéficier de protections comme le salaire minimum. Les trois recours
concernant la LHJMQ, la OHL et la WHL ont finalement fait l'objet d'un règlement de
30 millions de dollars.
Le règlement n'a toutefois pas tranché définitivement la question de leur statut
d'employé. Entre-temps, les provinces où évoluent les équipes de la LCH ont modifié
leurs lois sur les normes du travail afin d'exclure les joueurs de hockey junior majeur de
certaines de ces protections.
Même dans le sport amateur, la frontière entre « athlète » et « travailleur » peut donc
devenir une véritable question juridique.
Mythe 10 : « L'égalité entre hommes et femmes est acquise dans le sport »
L'idée reçue : Les femmes et les hommes sont maintenant traités de la même façon dans
le sport.
La réalité : Les choses ont évolué, mais l'égalité ne se résume pas à donner exactement
le même montant à tout le monde.
Le soccer canadien en est un bon exemple. Après plusieurs années de tensions concernant
notamment la rémunération et les conditions offertes aux équipes nationales masculine et
féminine, Canada Soccer et les associations de joueurs ont finalement ratifié, en mars
2026, une nouvelle convention collective couvrant les deux équipes nationales. Celle-ci
prévoit notamment des règles sur la rémunération, les primes, les conditions de voyage et
les avantages parentaux.
L'exemple montre que l'égalité dans le sport touche plusieurs aspects : salaire, primes,
ressources, conditions de travail et possibilités offertes aux athlètes.
Les protections contre la discrimination existent. Mais leur présence dans les lois ne
signifie pas que toutes les inégalités ont disparu.
Et après ?
Le sport n'est donc pas une zone de non-droit.
Que l'on soit athlète professionnel, joueur junior, membre d'une équipe nationale ou
participant à une ligue amateur, le droit est présent bien avant que l'arbitre siffle le début
du match.
Contrats, responsabilité, travail, vie privée, intégrité, discrimination : le sport offre un
terrain où plusieurs domaines du droit se rencontrent.
Et pour les étudiants en droit, c'est peut-être justement ce qui rend le droit du sport aussi
intéressant : derrière chaque match, il y a parfois beaucoup plus qu'un simple pointage.